Interview de Sylvain Tillon, jeune entrepreneur Lyonnais.

Sylvain Tillon est un jeune entrepreneur de 28 ans qui a déjà à son actif plusieurs créations d’activités et 1 dépôt de bilan.

Il est le créateur des « bijoux pour cheveux » à travers la société Lucyf’Hair.
Il l’a dirigée à partir de 2003 à seulement 21 ans alors qu’il était encore étudiant en école de commerce (à l’EM Lyon) !

Malheureusement cette expérience s’est soldée par un dépôt de bilan en 2008 mais comme il le dit « si c’était à refaire, je ne changerais rien ».
Sylvain est un entrepreneur récidiviste qui a su rebondir et développer de nouveaux projets dont il va nous parler :

Bonjour Sylvain, pourrais-tu nous expliquer ton parcours entrepreneurial à travers les différentes activités que tu as fondées ?

Si on prend chronologiquement, les prémices se trouvent dans une expérience associative en Prépa HEC. Le défi était de taille : organiser une soirée pour 2.000 personnes !
Tout ne s’est pas déroulé parfaitement, mais j’ai pris goût au “projet”, au “défi” fou que cela représentait.
Quand je suis arrivé à l’EM, j’avais envie de revivre ça, de tenter quelque chose. Plus on me disait que c’était stupide, plus j’avais envie de le faire. Le “Projet de Création d’Entreprise” enseigné en 1e année à l’EM était une occasion rêvée. Voilà comment a démarré l’aventure Lucyf’Hair.
J’ai alors créé une association avec 2 autres entrepreneurs, l’AJEL (www.ajel.org), pour créer un lieu de rencontres, d’échanges, sans le “masque” de l’entrepreneur. Dans ce groupe, le succès n’était pas obligatoire, on pouvait aussi se parler de ses difficultés.
Puis, j’ai été amené à témoigner de mon expérience devant des étudiants, et j’ai découvert une nouvelle passion l’enseignement… Sauf que le manque d’informations des étudiants que je rencontrais m’a fait peur !!! Alors Guilhem Bertholet (www.guilhembertholet.com) m’a embarqué dans une histoire de BD ludo-pédagogique sur la création d’entreprise pour les collégiens. Ce projet est né grâce à BearingPoint et plus de 50.000 BD ont déjà été distribuées !
Nous avions aussi créé une structure pour l’exemple, BD and COMM. Mais nous n’avons pas pu la développer ensemble. Je l’ai alors reprise avec un autre associé, Ludovic, et c’est devenu Sydo (www.sydo.fr). Nous avons conservé la BD, nous y avons ajouté notre passion pour l’enseignement pour créer une agence de communication pédagogique.
Pfiou, c’est dur de résumer ces 8 dernières années en quelques mots !
Et j’ai aussi oublié le développement des Apéros Entrepreneurs sur Lyon (http://aperoentrepreneurs.com), encore une idée de Guilhem !

D’où t’es venu la motivation de devenir entrepreneur ?

De la possibilité de faire soi-même les choses, mais aussi de créer un mode managérial différent.
J’avais aussi envie de “vivre” ma vie, d’être fier de ce que je fais, d’apprendre tous les jours, de travailler avec des gens que j’aime…et d’être passionné par mon boulot !

Quelles sont les principales difficultés que tu as rencontrées dans ton aventure avec Lucyf’hair ?

Tu veux que je résume ici mon intervention d’1h30 ??? Il faudrait d’ailleurs que je pense à écrire cette histoire… Depuis le temps !
Faut dire aussi que ce n’est toujours pas fini ! Je dois me rendre au Tribunal le 08/10 pour une assignation concernant un non-remboursement de caution que je conteste…
Si on enlève mes multiples erreurs, voici les difficultés qui m’ont semblé les plus complexes :
– gestion de la production délocalisée en Asie,
– management d’une équipe dont la moyenne d’âge dépassait les 35 ans (soit 10 ans de plus que moi),
– introduction de mes produits sur un marché qui m’était alors inconnu,
– et le temps ! Le “time-to-market” si long et si coûteux…

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui souhaitent se lancer jeune dans l’entrepreneuriat ?

Allez-y, foncez !!!! Que risquez-vous ?
Je vous assure que j’ai vécu un paquet de galères, mais c’est tellement génial !
A 20 ans, on risque peu de choses : on n’a pas encore d’obligations familiales, ni de lourds emprunts bancaires, et on n’est pas encore habitué à un grand train de vie !
Il faut cependant accepter de faire des erreurs, de ne pas gagner d’argent tout de suite, de ne pas connaître la gloire…
Autre conseil essentiel : Pas besoin d’une grande école pour créer une jolie TPE… Mais des conseils avisés et réguliers sont indispensables. Entourez-vous !!!

Quelles sont les portes qui se ferment lorsqu’on dépose un bilan ?

Pas celles des grandes entreprises en tout cas !
J’ai décroché de nombreux entretiens et j’ai souvent été très bien reçu.
Par contre, les banques ne m’ont plus fait confiance. J’ai pu ouvrir un nouveau compte pro, mais je ne devais compter ni sur une autorisation de découvert, ni sur des escomptes, ni sur un emprunt bancaire…
Et cela pendant presque 2 ans, le temps que je prouve que j’étais capable d’une bonne gestion d’entreprise.
Les relations commencent seulement maintenant à s’améliorer…
Concernant les clients et partenaires, j’avais pris soin de ne laisser aucun d’entre eux dans une situation difficile lorsque j’ai déposé mon bilan. Du coup, ce sont devenus mes 1ers clients et partenaires lors de la création de Sydo.
Ah si, d’autres portes se sont fermées, celles d’anciens camarades de promo qui ont beaucoup ri quand ils ont appris la fin de Lucyf’Hair. Mais je les comprends, ce projet était assez médiatique, et ce n’allait pas sans créer certaines jalousies.

Quelle est ta plus grande réussite

Bizarrement, ma plus grande joie a été le jour où, en septembre 2007, j’ai vu une femme porter mes bijoux pour cheveux dans le métro à Lyon. C’était la 1er fois que je voyais une “inconnue” porter mes bijoux.
Pourtant vraiment peu y croyaient au début de l’aventure… Je passais pour un fou !
Alors, ce jour-là, j’étais vraiment fier. Les bijoux que j’avais inventés, créés, fabriqués… Étaient enfin portés !!!

Pourrais-tu nous dire ce que tu penses de l’enseignement de l’entrepreneuriat en France ?

Franchement ? Déjà tu considères qu’il y a un enseignement de l’entrepreneuriat en France…
Parce qu’à part dans quelques grandes écoles, et quelques rares filières à l’université, c’est bien trop peu enseigné !
Malheureusement, trop peu d’élèves y ont accès, alors que cela me semble indispensable quelque soit la filière, quelques soient les futurs débouchés.
Tous les jeunes devraient en entendre parler, mais aussi étudier cette matière… Dès la 4e !!!
Ce n’était qu’une réponse sur la présence de l’enseignement en France… L’enseignement en lui-même évolue continuellement, et j’espère pouvoir faire partie de cette évolution avec Sydo, en proposant une nouvelle façon de travailler l’entrepreneuriat, plus basée sur du story telling, et des expériences réalistes.

Comment vois-tu l’avenir ? Te lancerais-tu à nouveaux dans une création de produit ?

Aujourd’hui, je suis comblé par ma nouvelle activité, professionnellement et financièrement.
Je fais ce que j’aime : du conseil en pédagogie. J’essaie constamment de trouver des solutions pour que les gens aient envie d’apprendre, de progresser, d’avancer. Donc, je ne cherche pas ailleurs… Tout du moins pas encore !
Pour l’instant, je me mets des œillères pour éviter de réfléchir à d’autres projets.
Sinon, la création d’un projet, c’est géant, beaucoup plus complexe et encore plus existant… Alors, pourquoi pas ?!

Merci Sylvain pour ces précieux conseils. Nous te souhaitons une bonne continuation dans tes projets.

C-E SERRE

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4 Reponses a “Interview de Sylvain Tillon, jeune entrepreneur Lyonnais.”

  1. Loïc M dit :

    Pour avoir assisté à la présentation réalisé par Sylvain à l’EM Lyon Business School il y a quelques jours, il semblerait effectivement que la pédagogie soit une voie toute tracée pour ce jeune entrepreneur qui a réussi à capter l’attention de l’auditoire.

    J’en profite d’ailleurs pour faire un peu de pub pour l’apéro entrepreneur qui se déroule ce soir à 19h à Lyon.
    http://aperoentrepreneurs.com/

    Sinon je trouve cette initiative d’interviewer des entrepreneurs très intéressante car cela permet d’avoir des retours d’expériences supplémentaires.

  2. futurentrepren dit :

    Merci Loïc ! D’autres interviews sont à venir !

  3. Thibault do brasil dit :

    Une interview plein d’apprentissage…”Mais des conseils avisés et réguliers sont indispensables. Entourez-vous !!!”

    Merci pour le boulot que tu fais CE…

  4. Paddy dit :

    Dommage que je n’ai pas su qu’il intervenait à l’EM, j’aurais aimé l’entendre de vive voix !

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